Une voie infâme

Légende 17 sur 21 de la série Le terrorisme des Barons infâmes
 

« La survie est bien plus aisée lorsque tous vos ennemis sont morts. »

– Extrait des « Écrits et observations depuis la Côte enchevêtrée : texte d’un Déchu », traduction de C.C. LaGrange

Elykris, la Machiniste, avait commencé a collectionner les Serviteurs, et Reksis, le Bourreau, à les tuer à la moindre occasion. Deux alliés mus par des forces contraires : l’une par la science et le démantèlement de la foi, l’autre la rage et la volonté incessante de détruire.

Les tensions entre eux couvaient depuis longtemps, car Reksis s’était plus d’une fois introduit dans l’atelier de la Machiniste pour se défouler sur les Serviteurs qui s’y trouvaient enfermés.

Fikrul, le Fanatique, leur chef spirituel et ancien Prêtre archonte, observait patiemment l’aggravation de leur rivalité. Il vit la force de leur ire. Il vit le feu et la fureur, mais également un nouveau chemin à emprunter. Un chemin qui pouvait unir leurs passions au lieu de les éloigner. Un tout plus puissant que la somme de ses parties.

Fikrul patientait, attendant le moment où les tensions menaceraient de faire voler en éclats la loyauté des Barons. Fikrul intervint une nuit, alors qu’Elykris était à bout car elle venait de surprendre le Bourreau sur le point de massacrer sa dernière cargaison de Serviteurs inférieurs.

Il fit un geste vers elle et déclara : « Apportez-moi un Serviteur. » Comme Reksis piaffait d’impatience, elle hésita. Mais Fikrul avait tout son temps. « Ne me croyez-vous donc pas ? »

Elykris libéra un Serviteur de ses chaînes.

Fikrul lui fit signe d’approcher, puis se tourna vers Elykris. « Vous en avez rassemblé un grand nombre, Machiniste. Des centaines. Peut-être plus. Nos ressources, notre force vitale est due à ces machines asservies. » Elykris hocha la tête en direction du Serviteur qui s’approchait de l’Archonte aux bras ouverts, accueillant cet ancien orbe révéré comme un enfant.

Les autres Barons commencèrent à scander en rythme un chant guerrier.

« Quelle que soit la valeur de votre travail… il ne suffit pas de nous nourrir. » Fikrul étreignit le Serviteur. Une certaine tendresse se dégageait de son acte, une sorte de peine. « Nous devons aussi affamer nos ennemis comme vous l’avez jadis été. » En un instant, les bras inférieurs de Fikrul dégainèrent et déclenchèrent une paire de Lames d’éclair étincelantes et polies. « Comme nous l’avons tous été. »

Le Serviteur, maintenu par les puissants bras supérieurs de l’Archonte, émit un cri perçant, un misérable râle numérique mêlant douleur et confusion à mesure que les lames entaillaient sa carcasse extérieure et plongeaient au cœur de ses systèmes. L’éther chuinta et jaillit.

Fikrul libéra la carcasse silencieuse de la machine, et elle résonna d’un bruit métallique en tombant sans vie au sol. Il se retourna vers Elykris. « Avez-vous compris ? » Elykris sourit. C’était la plus brillante d’entre eux, même s’il lui arrivait de perdre sa concentration dans ses accès de rage.

Les Barons constituaient depuis longtemps une menace pour les Éveillés et les Déchus du Récif, mais cela se limitait jusqu’à présent à des actions courtes à la suite desquelles ils prenaient la fuite. Cependant, Fikrul venait de leur présenter une nouvelle voie.

Fikrul s’adressa à Reksis. « Avez-vous compris ? »

La brute aboya en guise de réponse : « Tuons-les tous ! »

Fikrul rit. « Pas tous, Bourreau. Seulement ceux qui ne nous sont d’aucune utilité. »

Les Barons l’acclamèrent et Fikrul reprit : « Tout Serviteur lié à une Maison est désormais une cible. N’importe lequel. Et ce jusqu’à ce qu’il ne reste plus que ceux qui nous alimentent. »

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Références